Réalisé à Bali en 2003, ce croquis à l’encre illustre la capacité de René Lemay à saisir l’essentiel d’un sujet avec quelques traits précis et expressifs. Exécutée en noir et blanc, la composition met en scène un personnage portant un chapeau, dont le visage est traité selon un jeu de contrastes particulièrement caractéristique de l’artiste.
Une partie du visage est plongée dans l’ombre tandis que l’autre demeure lumineuse, créant un effet visuel fort qui rappelle plusieurs portraits réalisés par Lemay au cours de sa carrière. Cette opposition entre deux zones distinctes contribue à structurer le visage et à renforcer sa présence graphique. L’artiste utilise ici la lumière comme un élément de composition à part entière, réduisant parfois le portrait à quelques masses contrastées.
Cette approche évoque également certaines influences cubistes qui transparaissent dans son travail. Sans adhérer directement aux principes du mouvement, René Lemay s’intéresse à la simplification des formes, à la fragmentation des volumes et à la recherche d’un équilibre entre figuration et abstraction. Le visage devient ainsi une construction visuelle où les contrastes jouent un rôle aussi important que le dessin lui-même.
Des inscriptions asiatiques apparaissent également dans la composition, renforçant l’ancrage de l’œuvre dans l’univers des voyages qui ont profondément marqué l’artiste. À partir de la fin des années 1990, Bali devient l’un de ses lieux de création privilégiés. Il y réalise de nombreux croquis, carnets de voyage et peintures inspirés par les habitants, les artistes, les musiciens et les scènes du quotidien qu’il observe autour de lui.
Comme plusieurs dessins réalisés sur le vif, cette œuvre témoigne d’une grande spontanéité. Le trait demeure libre et direct, sans recherche excessive de finition, permettant de conserver toute la fraîcheur du moment observé. Cette économie de moyens révèle également l’importance du dessin dans la démarche de René Lemay, qui considérait souvent le croquis comme une œuvre complète plutôt qu’une simple étape préparatoire.
À travers ce portrait, l’artiste réussit à conjuguer observation, synthèse et expression. Quelques lignes, quelques contrastes et quelques mots suffisent à faire émerger un personnage empreint de mystère, tout en évoquant l’atmosphère particulière de Bali qui nourrissait alors son imaginaire créatif.


























